Contre le cadmium, la France légifère (enfin)

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L’Assemblée nationale a voté une loi imposant une réduction drastique de ce métal lourd cancérigène introduit dans la chaîne alimentaire via les engrais phosphatés, mettant fin à des décennies d’inaction dénoncées comme criminelles.

Le 3 juin 2026, peu avant minuit, l’Assemblée nationale française a adopté, par 144 voix contre 22, une proposition de loi visant à réduire fortement la teneur en cadmium dans les engrais phosphatés utilisés en agriculture.

Une avancée majeure pour la santé publique, obtenue contre l’avis du gouvernement et malgré l’opposition du Rassemblement national, qui a refusé, selon ses propres termes, de « céder aux exigences de la gauche écologiste ».

Le texte, porté par le député écologiste de Charente-Maritime Benoît Biteau et la députée Clémentine Autain (groupe L’Après), prévoit une trajectoire de réduction ambitieuse : la concentration maximale autorisée passera de 90 mg par kilogramme aujourd’hui à 40 mg/kg dès janvier 2027, puis à 20 mg/kg en janvier 2030.

Un objectif nettement plus exigeant que celui envisagé par l’exécutif, qui proposait d’atteindre ce seuil de 20 mg/kg à l’horizon 2038, soit près de vingt ans après les premières alertes émises par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) en 2019.

Une menace sanitaire longtemps sous-estimée

Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans les roches phosphatées servant à produire des engrais minéraux largement utilisés en agriculture conventionnelle.

Après épandage, il s’accumule dans les sols, est absorbé par les plantes, puis se retrouve dans l’alimentation et, in fine, dans l’organisme humain. On en détecte notamment dans les céréales, le pain, les pâtes, les pommes de terre, les légumes-racines, les crustacés, le chocolat ou encore les flocons d’avoine.

Classé cancérogène certain depuis 1993, il est associé à une hausse des cancers du pancréas — dont le taux de survie reste très faible — ainsi qu’à des pathologies rénales, à l’ostéoporose, à des troubles de la fertilité et à des perturbations endocriniennes.

Une fois absorbé, ce métal peut persister entre dix et trente ans dans l’organisme, rendant les effets d’une exposition chronique particulièrement insidieux. Les alertes scientifiques s’accumulent depuis les années 1980, avec plus de 18 000 publications à ce sujet.

Le gouvernement grognon

En mars 2026, l’Anses indiquait qu’une « part significative » de la population française présentait des niveaux d’imprégnation jugés préoccupants, avec des concentrations trois à quatre fois supérieures à celles observées dans d’autres pays européens et nord-américains.

Selon les parlementaires, près d’un adulte sur deux dépasse déjà les valeurs sanitaires de référence, tandis que la totalité des enfants âgés de 25 à 36 mois présente des niveaux supérieurs aux seuils recommandés.

Les Français affichent ainsi des taux d’exposition environ deux fois plus élevés que les Italiens et jusqu’à cinq fois supérieurs à ceux des Danois, une situation largement attribuée au cadre réglementaire national, parmi les plus permissifs en Europe.

La France bénéficiait en effet d’une dérogation lui permettant d’autoriser des engrais dépassant largement la norme européenne fixée à 60 mg/kg. Malgré cela, les gouvernements successifs ont tardé à agir. L’exécutif actuel, par la voix du ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a d’ailleurs jugé le calendrier voté par les députés trop contraignant.


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