À Brooklyn, une organisation à but non lucratif offre à de jeunes ex‑détenus une nouvelle chance de tourner la page de leur passé carcéral grâce à un programme de formation aux techniques culinaires.
« Les gens pensent simplement que nous sommes tous des meurtriers violents sans aucun contrôle de nous-mêmes, ce qui est faux ». Chaque jour, Dupree Wilson s’emploie, grâce à Drive Change, à faire évoluer le regard porté sur sa personne d’ancien détenu.
L’ONG basée à New York parraine depuis plus d’une décennie un programme de formation professionnelle centré sur la cuisine à destination de jeunes ex‑prisonniers. L’objectif est de faire de la gastronomie un outil de reconstruction personnelle et sociale, dans un contexte où le passé carcéral est souvent perçu comme un handicap.
Le département de la Justice indique ainsi dans un rapport de 2021 que seulement 40% des personnes libérées depuis 2010 ont réussi à obtenir un emploi à temps plein.
« Je dis toujours que j’ai ça dans le sang : mon père est allé en prison, son père aussi, et moi aussi. C’est un cycle », confie Wilson à NBC News. Il a rejoint Drive Change dès la première promotion en 2014, avant de devenir aujourd’hui, assistant culinaire.
Quatre mois pour reconstruire des vies
Ses propos résument la spirale intergénérationnelle que l’association cherche précisément à briser. Drive Change propose chaque année une bourse rémunérée de quatre mois destinée à des jeunes anciennement incarcérés.
Une fois la formation achevée, les diplômés sont orientés vers le marché du travail grâce à des partenariats noués par l’ONG avec des entreprises de l’hôtellerie et de la restauration, entre autres secteurs.
Pour Kalilah Moon, directrice exécutive de Drive Change, l’accès à une alimentation de qualité est un droit fondamental, et la cuisine devient un moyen de « toucher les gens par le ventre, mais aussi par l’âme ».
« Quand vous entrez chez quelqu’un, vous vous essuyez les pieds avant, mais souvent, certaines personnes n’ont pas la capacité de laisser ça dehors. Ces espaces permettent à nos jeunes d’en parler davantage, de se voir eux-mêmes et de rêver de manière beaucoup plus large », explique‑t‑elle, toujours à NBC.
Briser les préjugés et devenir des modèles
Au‑delà des compétences techniques — maîtrise du couteau, gestes de découpe, bases de la préparation culinaire — les participants disent repartir avec bien plus qu’un simple savoir‑faire.
Nombre d’entre eux témoignent d’une maturité émotionnelle nouvelle, d’une meilleure capacité à gérer leurs réactions et à se soustraire à des situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent.
Cette transformation intervient alors que, dans de nombreux États américains, jusqu’à 80% des jeunes incarcérés replongent dans le système judiciaire dans les trois ans suivant leur libération, selon une étude de Justice Center du Council of State Governments.
Ce phénomène affecte de manière disproportionnée les populations noires, surreprésentées dans les prisons américaines. Pour les équipes de Drive Change, cette réalité traduit des défaillances systémiques, dont un accès limité à l’emploi, l’insécurité alimentaire et la fragilisation du système éducatif.
