L’intelligence artificielle et la désertion des agences physiques changent les besoins en personnel du secteur financier. Les chiffres publiés par la Fédération bancaire française confirment un ralentissement des recrutements sans précédent depuis plus d’une décennie.
Le secteur bancaire français traverse une phase de contraction inédite de ses effectifs. Selon les données de la Fédération bancaire française (FBF), publiées mardi 28 juillet, 34 400 nouveaux salariés ont été recrutés l’an dernier, contre 38 600 en 2024, soit un recul de plus de 10% en un an.
Il faut remonter à 2021 pour retrouver un niveau d’effectifs aussi bas dans la profession, signe que les établissements ne remplacent plus systématiquement les départs liés aux retraites, aux démissions ou aux licenciements.
Parmi les facteurs avancés par la FBF, l’essor de l’intelligence artificielle occupe une place centrale. Cette technologie s’impose progressivement dans la banque de détail, notamment pour l’analyse du risque de crédit, la détection des fraudes ou encore la gestion d’une partie de la relation client.
À cela s’ajoute le fait que les clients effectuent de plus en plus leurs opérations courantes depuis leur smartphone, ce qui réduit mécaniquement les besoins en personnel dans les agences physiques.
La banque, laboratoire naturel de l’automatisation
Pour l’économiste Emmanuel Lechypre, interrogé par BFM Business, la banque constitue l’un des secteurs les plus facilement numérisables de l’économie, une caractéristique qui explique en grande partie cette évolution.
Il souligne que l’intelligence artificielle générative ne fait qu’accélérer une transformation engagée de longue date. Comme le rappellent Boursorama et l’AFP, l’économiste et prospectiviste Michel Godet évoquait déjà, dès 1979, l’idée que la banque puisse devenir « la sidérurgie de demain », dans un contexte alors marqué par les conséquences du choc pétrolier de 1973-1974, avec son lot de surcapacités, de pertes et de restructurations.
Car les banques commercialisent avant tout de l’information, des documents, des contrats, de la conformité et de l’analyse, autant de domaines dans lesquels l’intelligence artificielle progresse rapidement.
Selon Emmanuel Lechypre, la combinaison d’une activité largement numérisée, d’une clientèle déjà digitalisée, de processus standardisés et d’une forte pression sur les coûts rend ce secteur particulièrement exposé à l’automatisation.
Des trajectoires contrastées selon les modèles bancaires
Cette mutation n’épargne pas les jeunes en formation. Le nombre d’alternants recrutés recule de près de 9% sur un an, une baisse que la FBF attribue notamment à la réduction des aides publiques à l’embauche pour ce type de contrat.
Toutes les banques ne sont toutefois pas affectées de la même manière. Les établissements mutualistes, qui conservent un maillage territorial dense et une forte proximité avec leur clientèle, voient leurs effectifs diminuer à un rythme plus modéré.
À l’inverse, les grandes banques commerciales font face à une pression accrue pour réduire leurs coûts. La Société Générale a ainsi supprimé 3 700 postes en France entre 2023 et l’an dernier, et prévoit encore 1 800 suppressions supplémentaires d’ici la fin de l’année prochaine.
