Typhon Odette : Shell poursuivi pour responsabilité climatique

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Un collectif de Philippins assigne en justice la compagnie pétrolière, qu’il juge partiellement responsable des dégâts subis lors de la catastrophe qui a frappé le pays en 2021. Les plaignants affirment que les activités du groupe ont contribué de manière significative aux émissions mondiales de CO₂, aggravant ainsi les effets du désastre.

Plus de cent survivants du super typhon Odette, qui a dévasté les Philippines il y a quatre ans, ont déposé le 9 décembre une plainte contre Shell devant les tribunaux du Royaume-Uni afin de contraindre le groupe à assumer son rôle dans la survenance de cette catastrophe.

Connu internationalement sous le nom de typhoon Rai, ce désastre a frappé les régions du sud et du centre de l’archipel le 16 décembre 2021 avec une violence inouïe. La tempête de catégorie 5 a fait plus de 405 morts, blessé quelque 1 400 personnes et causé des dégâts évalués à près de 800 millions de dollars.

Plus de 10 millions de personnes ont été affectées et 1,4 million de maisons détruites. Les Nations unies ont d’ailleurs estimé en 2022 que l’ampleur des destructions avait été largement sous-évaluée dans les premières estimations, portant le nombre de personnes gravement touchées à 9 millions.

Un « crime climatique » ?

« Nous nous sommes battus pour survivre, nageant dans les eaux de crue en nous tenant la main », raconte Trixy Elle, une mère de famille de 34 ans originaire de l’île de Batisan, dans la région des Visayas, dont la maison familiale et quatre embarcations de pêche ont été emportées par la tempête.

Quatre ans plus tard, elle rembourse toujours les prêts à taux élevés contractés pour reconstruire. Pour les plaignants, ce désastre est la conséquence directe de décennies d’extraction et de commercialisation de combustibles fossiles par Shell, activités qui auraient contribué de manière significative au réchauffement de la planète.

Les requérants, soutenus par Greenpeace Philippines, le Legal Rights and Natural Resources Center, le Philippine Movement for Climate Justice et l’ONG britannique Uplift, affirment que le géant de l’énergie basé au Royaume-Uni savait depuis longtemps que la combustion de ces carburants alimentait le changement climatique, tout en participant à des campagnes destinées à saper le consensus scientifique.

Un contexte juridique favorable

Pour la major, il s’agit d’une initiative « sans fondement ». La société soutient que le débat sur le climat est public depuis des décennies et affirme que cette procédure ne permettra pas de résoudre la crise environnementale.

Cette action s’inscrit dans un mouvement juridique international croissant visant à tenir les entreprises pour responsables de leur contribution au dérèglement climatique. Elle fait suite à l’avis consultatif historique de la Cour internationale de justice (CIJ), publié en juillet 2025, qui confirme que les États ont l’obligation légale d’encadrer leurs entreprises pour les dommages liés aux émissions de gaz à effet de serre, quel que soit l’endroit où le préjudice se produit.

Le dossier s’appuie également sur le rapport marquant de la Commission philippine des droits de l’homme, publié en 2022, qui concluait que 47 grands groupes de combustibles fossiles, dont Shell, pourraient être tenus moralement et juridiquement responsables des violations des droits humains liées aux impacts climatiques.


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