Chez TD Bank, la surveillance au travail qui inquiète

Emploi Une

La banque canadienne déploie un outil de suivi des employés, suscitant l’inquiétude du personnel et des défenseurs de la vie privée, qui redoutent des dérives dans un cadre juridique jugé permissif.

Selon des informations publiées le 25 juin par Reuters, TD Bank (Toronto-Dominion Bank), l’une des principales banques canadiennes, a informé ses employés du déploiement d’un nouveau logiciel destiné à suivre leurs activités professionnelles.

Baptisé WorkiQ et développé par la société ActiveOps, cet outil vise à mesurer « le temps passé sur les navigateurs ainsi que sur les applications internes de messagerie et de visioconférence », selon des documents internes consultés par l’agence de presse.

« Si vous avez besoin de savoir quand, où et comment vos employés travaillent et quelles applications ils utilisent, WorkiQ vous fournit toutes les données nécessaires pour prendre les bonnes décisions afin d’améliorer la performance et le bien-être », indique la société sur son site internet à propos de ce dispositif.

« L’idée est de mettre en évidence les points de friction, de voir où nous passons trop de temps… Nous savons que nous avons de nombreux points de blocage dans nos systèmes », explique pour sa part, Deanna Pacitti, vice-présidente associée des enquêtes à haut risque chez TD.

Des assurances qui peinent à convaincre

Si la direction assure que cet outil respecte la vie privée, peu d’employés semblent rassurés. D’autant que, sur le plan juridique, les employeurs disposent d’une marge d’action relativement large au Canada.

« L’employeur pourrait dire clairement qu’il utilise cela pour les évaluations de performance, et tant qu’il est transparent à ce sujet, les employés ne peuvent rien y faire », souligne Brent Arnold, associé au cabinet juridique INQ Law basé à Toronto, interrogé par Reuters.

Cette situation s’explique notamment par un cadre réglementaire jugé plus souple que celui de l’Union européenne, où la protection des données personnelles est strictement encadrée par le droit du travail.

Une législation en cours d’évolution

Le Canada travaille toutefois à une réforme de ses lois en matière de protection des données, avec un projet actuellement examiné à la Chambre des communes. Inspiré du fameux Règlement général sur la protection des données (RGPD) européen, ce texte prévoit notamment la création d’un régulateur chargé de veiller au respect de nouvelles obligations.

Mais, selon Michael Geist, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, le projet comporte une lacune importante, car il ne prévoit aucune disposition spécifique encadrant la surveillance électronique des salariés, ni obligation de consentement explicite pour le suivi des activités numériques ou l’enregistrement des frappes. Le terme même de « surveillance » n’apparaît pas dans les sections consacrées aux employés.

Un porte-parole du ministère concerné affirme néanmoins que la réforme renforcera les exigences en matière de collecte, de protection et de conservation des données personnelles, et que des consultations se poursuivront avec les travailleurs, les entreprises et les experts afin d’adapter le cadre réglementaire.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *