Des scientifiques ont mis au point un outil destiné à avertir en temps réel les habitants de la ville sud-africaine lors des pics de pollution. L’initiative intervient alors que la qualité de l’air dans la métropole la plus riche du continent ne cesse de se dégrader, avec de graves conséquences sanitaires.
Des chercheurs de l’Université du Witwatersrand, en Afrique du Sud, affirment avoir conçu une application mobile dédiée à la surveillance en temps réel de la pollution atmosphérique, avec un lancement prévu plus tard cette année.
L’outil, baptisé SACAQM (South African Consortium of Air Quality Monitoring), agrège les données issues de centaines de capteurs de mesure répartis à travers le pays afin de prévenir, en cas de pic de pollution, les utilisateurs et de leur recommander des mesures de protection concrètes, comme le port du masque.
L’innovation paraît simple en apparence, mais elle pourrait s’avérer déterminante dans un pays où des millions de personnes sont exposées quotidiennement à des niveaux de pollution nocifs pour la santé.
À Johannesburg, l’air porte ainsi depuis quelque temps une odeur âcre d’œuf pourri, caractéristique de l’hydrogène sulfuré. En cause, « des mines qui ont dépassé leurs seuils d’émissions », selon le ministre de l’Environnement Willie Aucamp, cité par Reuters.
Les habitants vivent le martyr
Pour Phila Sunday Shange, étudiant asthmatique interrogé par l’agence, cette réalité s’est traduite, en février et mars, par une crise respiratoire sévère. « Je ne pouvais vraiment pas contrôler ma respiration. Je ne pouvais pas respirer correctement », confie-t-il.
Sa pompe contre l’asthme, censée le soulager, n’a pas suffi. Et un médecin a établi un lien direct entre son état et la mauvaise qualité de l’air johannesbourgeois.
Son cas est cependant loin d’être isolé. Reuters indique avoir recueilli les témoignages de cinq habitants faisant état de symptômes grippaux, d’étourdissements, d’inflammations des sinus et de crises d’asthme.
Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut se référer à la géographie industrielle de Johannesburg, ville encerclée par les mines de charbon qui alimentent une large part de l’économie sud-africaine.
Sasol, Eskom et des dérogations controversées
Ce secteur, crucial pour le pays, emploie des dizaines de milliers de personnes et assure à lui seul les trois quarts de la production d’électricité nationale. À l’est de la métropole, deux géants industriels concentrent l’essentiel des émissions polluantes : Sasol, le groupe pétrochimique, et Eskom, le producteur public d’électricité.
La situation est d’autant plus préoccupante que les deux entreprises ont obtenu en 2025 des prolongations de leurs dérogations aux normes d’émissions en vigueur, leur permettant de continuer à dépasser les seuils légalement autorisés.
Interrogée par Reuters, Eskom n’a pas répondu, tandis que, du côté de Sasol, un porte-parole a assuré qu’« aucun incident opérationnel ni aucune condition anormale » n’avait été identifié qui pourrait indiquer un rejet incontrôlé ou atypique d’émissions de soufre.
Quant au ministre Aucamp, il admet ne pas être en mesure, à ce stade, d’identifier précisément la mine à l’origine de cette situation.
