Une étude récente met en lumière l’ampleur considérable des dégâts liés aux émissions historiques de CO₂ et pointe clairement les acteurs en cause, des groupes pétroliers aux plus grandes fortunes.
Combien coûte le dérèglement climatique ? Si la question n’est pas nouvelle, elle trouve une réponse pour le moins frappante à la lumière d’une récente étude scientifique. Publiée fin mars dans la célèbre revue Nature, celle-ci s’efforce d’évaluer les pertes et préjudices liés aux émissions de gaz à effet de serre.
Pour y parvenir, les chercheurs se sont appuyés sur ce que les économistes nomment le « coût social du carbone ». Il s’agit d’une estimation financière des dommages provoqués par chaque tonne supplémentaire de CO₂ émise dans l’atmosphère. Les résultats donnent le vertige.
Ainsi, une tonne de CO₂ émise en 1990 aurait engendré 180 dollars de dégâts sur les trente années suivantes, soit jusqu’en 2020. Mais cette même tonne entraînera encore 1 840 dollars de coûts additionnels d’ici la fin du siècle.
Sachant qu’en 2025, plus de 42 milliards de tonnes de dioxyde de carbone ont été rejetées à l’échelle mondiale, la facture globale s’annonce particulièrement lourde.
Un phénomène cumulatif et exponentiel
Cette situation s’explique avant tout par la nature cumulative et exponentielle du réchauffement. Le CO₂ pouvant rester près d’un siècle dans l’atmosphère, les impacts futurs des émissions passées dépassent largement ceux observés au moment de leur rejet, dans des proportions pouvant être décuplées.
« Ce à quoi on assiste aujourd’hui n’est rien par rapport à ce à quoi on va assister à partir des seuls gaz déjà émis », analyse Benjamin Coria, économiste et cofondateur de la revue EnCommuns sur France 24.
Selon lui, l’intérêt majeur de cette étude tient au fait qu’elle ne se limite pas aux effets immédiats ou à ceux attendus d’ici 2030. « Ces gaz persistent et continueront à produire des effets, quoi qu’il advienne désormais », précise-t-il.
Une cartographie des responsables
L’autre apport notable de ces travaux est qu’ils ne se cantonnent pas à une estimation globale. Les scientifiques ont élaboré une cartographie mondiale des responsabilités, intitulée « Qui paie pour qui », accompagnée d’un outil de calcul des dommages par acteur.
On y découvre, par exemple, que les États-Unis se sont infligé à eux-mêmes, en 2020 seulement, environ 3 milliards de dollars de dommages liés à leurs propres émissions. Ce que la journaliste Audrey Racine de France 24 décrit comme le fait de « se tirer une balle dans le pied ».
Surtout, cette cartographie met en évidence le rôle central de grands groupes comme Chevron, TotalEnergies ou Saudi Aramco. Leurs activités génèrent des profits pour leurs actionnaires, tout en imposant des coûts considérables à l’ensemble de la société, en particulier aux populations les plus vulnérables.
Ce constat renforce l’idée d’une intervention publique plus ferme pour encadrer ces émissions. Benjamin Coria résume sans détour : « Les gestes individuels comptent, mais sans actions à grande échelle des principaux acteurs — compagnies pétrolières, grandes fortunes adeptes des jets privés —, les efforts resteront insuffisants. »
