Le modèle Uber au banc des accusés

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Des associations d’aide aux livreurs de repas ont saisi la justice, dénonçant un modèle économique fondé sur l’exploitation systématique d’une main-d’œuvre précaire et sans protection.

Quatre associations, dont la Maison des livreurs de Bordeaux, ont déposé une plainte pénale auprès du procureur de Paris visant directement les plateformes de livraison de repas Deliveroo et Uber Eats, qu’elles accusent d’« esclavage moderne ».

En cause, un système jugé sans scrupules, fondé sur l’exploitation de la vulnérabilité de travailleurs en grande majorité étrangers ou en situation administrative précaire.

« Les plateformes connaissent nécessairement la situation dans laquelle se trouvent les livreurs, et c’est précisément cette vulnérabilité qu’elles exploitent pour imposer des conditions qu’aucune personne non acculée à la survie n’accepterait », dénoncent les plaignants.

Selon Youssouf Kamara, représentant de l’association bordelaise interrogé par France 24, les tarifs versés par les plateformes se sont effondrés depuis 2022. Une course de 10 kilomètres, rémunérée 10 euros il y a encore quelques années, ne rapporte ainsi plus que 6 euros aujourd’hui.

Une faille juridique transformée en système d’exploitation

Résultat : un livreur qui se connecte à 9 heures du matin et reste en ligne toute la journée peut espérer, au mieux, rentrer chez lui avec 25 à 30 euros en poche. « Depuis ce matin, je suis connecté et je n’ai pas encore accepté une seule commande, parce que toutes celles qui sont tombées, je ne pouvais pas les prendre », raconte Kamara, captures d’écran à l’appui.

Ce qui rend la situation particulièrement explosive, c’est le mécanisme pervers né de cette précarité. Pour ouvrir un compte Deliveroo ou Uber Eats, il faut être en situation régulière sur le territoire français.

Or, à mesure que la rémunération baissait, de nombreux livreurs titulaires d’un compte ont quitté l’activité pour d’autres emplois, tout en conservant leur profil actif.

Ces comptes sont alors mis en location selon un schéma aussi simple que redoutable. Le titulaire cède ses identifiants à une personne sans papiers, souvent fraîchement arrivée, contre un forfait d’environ 150 euros ou 40% des gains hebdomadaires.

Les plateformes sur la défensive

Le sous-locataire, lui, se retrouve pris en étau. Pour payer la location du compte et dégager un revenu minimal, il est contraint d’accepter toutes les courses, même les plus mal payées.

« Si quelqu’un veut vivre dignement, ne pas voler, ne pas agresser, ne pas vendre de drogue, il est obligé d’accepter ce genre de travail », résume Kamara. Les conséquences sur leur santé vont des hernies cervicales aux douleurs dorsales chroniques, en passant par divers troubles musculo‑squelettiques.

Des pathologies directement liées aux longues heures passées à vélo, sous la pluie, le froid ou la chaleur, dans des conditions d’effort que peu d’autres secteurs imposeraient à leurs salariés.

Pour Uber Eats, il s’agit d’une plainte de « sans fondement ». Deliveroo pour sa part, conteste les intentions qui lui sont prêtées, rejetant fermement toute assimilation de son modèle économique à une situation de traite d’êtres humains.


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