Le phénomène des offres d’embauche sans lendemain est devenu si marqué aux États-Unis que plusieurs États tentent de l’enrayer par des initiatives législatives ciblées.
Voici John Doe. Il a un peu plus de 20 ans et est impatient d’intégrer le monde du travail. Il repère une annonce qui semble parfaite pour lui. Il met donc son CV à jour, rédige une lettre de motivation, postule, puis attend, encore et encore. Environ un mois plus tard, il voit la même offre republiée.
Il ne s’agit pas d’une arnaque : l’entreprise existe bel et bien, tout comme le portail de candidature. Le problème, c’est que l’annonce n’avait guère pour objectif de pourvoir un poste. C’est ce que l’on désigne, aux États-Unis, par l’expression « offres d’emploi fantômes » ou ghost jobs.
Le phénomène est si marqué qu’il concernerait, selon la plateforme Dymanique Mag, près de 30% des offres d’emploi publiées en ligne cette année. Une analyse de Clarify Capital, datant de janvier 2025, révèle que près d’un employeur sur trois reconnaît publier des annonces sans intention d’embaucher.
Mieux : 93% des professionnels des ressources humaines déclarent que leur employeur publie ce type d’annonces, dont 45% « régulièrement », d’après la même source.
Des motivations multiples et inavouables
« Si vous avez publié une offre et que vous avez reçu 500 candidatures, voulez-vous me faire croire qu’aucune, une, deux ou trois personnes ne sont qualifiées ? », s’insurge dans les colonnes du Wall Street Journal (WSJ) Heather Sanford, professionnelle du marketing de 44 ans vivant à Austin, au Texas, et en quête d’emploi depuis mai 2025.
Elle affirme avoir postulé à plus de 3 000 annonces, tout en dépensant énormément d’argent à force d’écumer LinkedIn et d’autres plateformes dédiées au recrutement, sans succès. De quoi se demander si ces postes existent réellement.
La réponse est probablement non. Les raisons sont diverses, à commencer par le besoin, pour certaines entreprises, de se constituer un vivier de talents potentiels au cas où elles décideraient réellement de recruter.
De façon triviale, cela fait penser à ces personnes qui gardent leur profil Tinder actif, même lorsqu’elles ne recherchent pas activement une relation. Elles souhaitent simplement se donner les meilleures chances pour l’avenir.
L’émergence d’une offensive législative
Il y a aussi une question de visibilité sur le marché. En effet, publier régulièrement des offres peut contribuer à améliorer l’image d’une société, en donnant l’impression qu’elle se développe et prospère.
Cela peut envoyer un signal positif aux investisseurs, aux clients ou aux concurrents, en suggérant que l’entreprise est en expansion et renforce sa marque. Ces annonces peuvent également servir à sonder le marché.
Certaines sociétés ne savent pas quels salaires sont pratiqués, quelles compétences sont recherchées ou quelles sont les attentes du marché. Elles publient donc des offres afin de recueillir ces données.
Reste que le phénomène est préjudiciable pour les demandeurs d’emploi. « Lorsque les gens consacrent du temps et des efforts à postuler, ils ont raisonnablement le droit de s’attendre à ce qu’il y ait réellement un emploi à la clé », estime auprès du WSJ Jim Prokopiak, membre de la Chambre des représentants de Pennsylvanie, l’un des nombreux États désireux de légiférer contre cette pratique.
Introduit en mars dernier, le projet de loi — Ghost Job Postings Prevention Act — exige notamment que chaque annonce précise une fourchette salariale, un calendrier de recrutement estimé ou une mention indiquant que l’entreprise ne recrute pas activement, la date de prise de fonction prévue, ainsi que le nombre de fois où le poste a été publié au cours de l’année précédente. Les annonces doivent, par ailleurs, être retirées dans les deux semaines suivant le pourvoi du poste.
