La facture verte que les New-Yorkais refusent de payer

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La gouverneure Kathy Hochul ouvre la porte à une révision de son mécanisme de révision des émissions, invoquant un contexte économique radicalement transformé depuis l’adoption de ce texte ambitieux.

Qu’en sera-t-il à court terme de la Climate Leadership and Community Protection Act (CLCPA) ? La question se pose alors que cette loi emblématique, adoptée en 2019 par l’État de New York, fait aujourd’hui l’objet d’un arbitrage délicat entre impératif écologique et capacité réelle des habitants à en supporter le coût.

Dans ce contexte, la gouverneure Kathy Hochul semble avoir clairement choisi sa position. Le 20 mars dernier, elle s’est dite favorable à une révision du texte afin d’en atténuer les exigences.

Cette législation impose à New York de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030 et de 85 % d’ici 2050, par rapport au niveau de 1990. Les 15 % restants doivent être neutralisés par des mécanismes de compensation.

Un mémo qui fait l’effet d’une bombe

Pour le secteur électrique, les objectifs encore plus stricts, concernent : l’atteinte de 70 % d’énergies renouvelables dès 2030, parvenir à une électricité totalement décarbonée en 2040, et le déploiement à grande échelle de l’éolien en mer (9 000 MW d’ici 2035) ainsi que du solaire distribué (10 000 MW d’ici 2030).

Autant de mesures saluées par les défenseurs du climat comme un modèle pour le reste du pays. Mais sur le terrain, notamment dans les régions dites upstate, la réalité économique commence à peser sur l’opinion publique et sur les élus.

D’après un rapport interne de la New York State Energy Research and Development Authority (NAERTA), rendu public il y a quelques semaines, ces ménages dépendants du fioul domestique et du gaz naturel pourraient voir leurs factures énergétiques annuelles grimper de plus de 4 000 dollars.

Pour les entreprises, les coûts utilitaires augmenteraient d’environ 50 %. Et à la pompe, la NAERTA estime qu’en 2031, l’application intégrale de la loi pourrait majorer le prix moyen du gallon d’essence de 2,23 dollars.

À la recherche d’un nouvel équilibre

Ces projections, présentées à des parlementaires de l’État, ont suscité un consensus sur le problème de l’accessibilité financière, même si les avis divergent sur les solutions à adopter.

Le revirement de Kathy Hochul, qui avait soutenu la CLCPA lors de son adoption, s’apparente dès lors à un choix pragmatique. Au grand regret de certains élus, y compris au sein du camp démocrate, qui y voient un signal négatif dans un contexte national marqué par le recul des politiques climatiques sous l’administration Trump.

« Beaucoup de gens dans le pays — voire dans le monde — observent comment New York met en œuvre cette loi climatique ambitieuse. Si un État très démocrate comme New York recule sur cette question, c’est un mauvais signe pour le pays. Si on n’y arrive pas ici, peut-on y arriver ailleurs ? », déplore Michael Gerrard, professeur de droit à l’Université Columbia et directeur du Sabin Center for Climate Change Law, cité par Bloomberg.

Les discussions actuelles portent sur le calendrier de mise en œuvre des réformes, jugé trop contraignant au regard des réalités économiques. Toute modification du texte devra être intégrée au budget annuel de l’État, dont la date limite d’adoption est fixée au 1er avril.


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